Acquérir un échantillon du privilège masculin

Soumis par Maxence le ven 19/01/2018 - 11:48

 

 

[Cet article parle de harcèlement de rue, si vous n'êtes pas à l'aise avec ce sujet, ne le lisez pas]

 

Je suis un jeune homme trans de 18 ans.

Il y a 2 ans encore, j'avais une expression de genre perçue comme féminine par la société.

Comme presque toutes les personnes identifiées comme des jeunes femmes, je me faisais aborder dans les transports. Je me faisais siffler dans la rue parfois ou même klaxonner.

Ma mère me demandait de faire attention à moi quand je sortais, elle s'inquiétait quand j'étais seul dehors la nuit, et j'évitais de prendre le train le soir. 

Il m'arrivait souvent d'avoir peur, d'être inquiet, et de me sentir en insécurité dans de nombreuses situations.

Je me suis déjà fait harceler et agresser dans l'espace public sans que personne n'intervienne.

 

Quand mon apparence a commencé à être perçue comme masculine, il s'est passé un phénomène que je ne pensais pas possible d'arriver, et auquel je n'ai pas prêté attention :

Tout cela a cessé.

Ça fait désormais de nombreux mois que personne ne m'a ennuyé sur mon chemin.

Petit à petit, je n'ai plus subi de comportement déplacé.

Je me suis rendu compte que je n'appréhendais plus de rentrer tard et seul chez moi. 

Parce que maintenant, aux yeux des gens, je ne passe plus pour une femme. Alors ça me donne la chance de pouvoir aller paisiblement où je veux, à n'importe quelle heure, sans craindre pour ma sécurité. C'est un des aspect du privilège masculin.

 

J'ai remarqué que j'avais obtenu cet avantage lorsque je discutais avec une amie, qui me racontait ses dernières mésaventures. Et d'un coup ça m'a frappé. Je n'étais plus concerné.

Ça m'a tout de suite énervé. 

Déjà parce que je me suis rendu compte qu'avant je trouvais ça presque normal et banal de subir des comportements déviants. Alors que non, ça ne l'est pas.

Mais ce qui m'a aussi agacé, c'est d'avoir mis du temps à réaliser que j'avais cet avantage, et donc de prendre conscience que la plupart des personnes qui en bénéficient ne le savent même pas, voire en abusent.

 

Je sais que je fais parti de ce système oppressif, et ça me met en colère. 

 

[ N.B. : l'article a été édité après sa publication, il est nécessaire de rappeler les points suivants :

- L'avantage dont je bénéficie n'est qu'un échantillon du privilège masculin dans sa globalité 

- Bien que je jouisse de cet avantage, je n'en subit pas moins du cissexisme et de la transphobie

- Ne plus être victime de cet aspect de l'oppression systémique qu'est le sexisme ne fait pas pour autant de moi un oppresseur ]

 

 

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