Le droit à l'indignation et la décence

Soumis par Saul - Ayman le mar 20/02/2018 - 08:35

                                Aujourd’hui, on va parler du droit à l’indignation et plus précisément lorsque l’on est allié-e.


    Les propos qui vont suivre sont dû au fait que durant quelques années, mon cercle relationnel était presque exclusivement trans. De fait, lorsque quelqu’un-e s’indignait en voyant de la transphobie, quand iel pleurait à cause de son agression, quand iel avait la rage à cause du système transphobe, la personne était concernée.
    

En ce moment, je côtoie beaucoup plus de personnes cis, et j’ai pu observer exactement le même comportement, les mêmes cris, la même rage, la même indignation, mais par des personnes qui ne subissent pas cette oppression.
    

Pour comprendre ce qui va suivre, nous avons besoin de reprendre du début la façon dont on réagit lorsque l’on prend conscience des systèmes oppressifs.
    
    > Lorsque l’on est sensibilisé-e, on ne peut plus ignorer les situations discriminantes. 
On ne peut plus faire semblant de ne rien voir. Ce qui est d’ailleurs une assez bonne nouvelle, parce qu’il s’agit là d’une prise de conscience nécessaire pour lutter.
                                           > Il me semble normal de trouver cette situation abjecte dès lors que l’on en prend conscience.    
          
 
   Mais, quand vous disposez de privilèges et que vous prenez conscience des systèmes de dominations, le fait de passer du temps et de l’énergie pour montrer aux personnes concerné-e-s que vous savez ce qui est problématique, c’est indécent.

Parce que ce que vous dites, c’est que vous avez le privilège de ne le remarquer que maintenant. Vous ramenez les personnes victimes d’oppressions à leur position, puisque vous lui rappelez qu’iel est discriminé-e, et pas vous. 


    De plus, il faut prendre également conscience que lorsque vous rapportez des propos violents à des concerné-es dans le but de montrer que vous êtes un-e bon-ne allié-e (contrairement à la personne que vous dénoncez), d’une part vous exposez des concerné-es à une violence dont iels n’ont pas besoin et d’autre part, vous oubliez un point fondamental dans le concept d’être allié-e d’une lutte : ce n’est pas à propos de vous.

    

    Pour être un-e bon-ne allié-e, faites votre maximum pour ne pas perpétuer les comportements oppressifs. Essayez du mieux que vous le pouvez de remettre en question vos comportements et de chercher leurs causes. Mais beugler à tout va à quel point votre collègue est raciste en répétant ses propos à tout bout de champs alors même que vous êtes blanc-he, c’est juste gênant. 
  
    D’ailleurs ça met souvent les personnes concerné-e-s dans une situation délicate, parce que ce que vous dites est vrai, mais ça ne nous apprend rien. On sait déjà que la société est oppressive, qu’on est discriminé-e et qu’on n’a pas les mêmes droits que vous ; et que répondre à cela ? 


    NB: Si vous supportez une lutte pour prouver à celleux que votre catégorie sociale oppresse que vous n’êtes « pas comme les autres oppresseur-ses », ce n’est pas du soutien mais de l’égoïsme.


   NB 2: Le texte ne dit pas que parce qu'on n'est pas concerné-e, on a pas le droit de parler d'un sujet. Il essaye simplement d'exprimer le fait que l'indignement à outrance et le fait de répéter les propos violents que vous avez entendu, c'est pas du tout un comportement idéal.

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