Les dérives du militantisme

Soumis par Saul - Ayman le sam 28/10/2017 - 22:01

    J’écris ce texte parce qu’il y a un problème avec le fonctionnement de nos groupes, nos volontés du « safe» à tout prix a des conséquences, et pas des moindres.

L’un des aspects est celui du langage, (développé ici : https://croisee-des-luttes.org/node/5 ) ou encore celui de la remise en question:


 > Sur nos groupes, on peut très difficilement questionner nos convictions. Pourtant, c’est l’élément essentiel de la science, le fait de pouvoir interroger et questionner toutes les conclusions.

Quand on est en quête de vérité, on se doit d'être au fait des arguments des personnes qui ne se positionnent pas du même bord que nous, parce que sinon, comment confronter les arguments et vérifier que les nôtres tiennent la route ? Comment être sur que l'on pense toujours la même chose, si on n'est jamais en contact avec une autre façon d'appréhender les sujets en question ?

    Ces deux facteurs ensembles produisent un effet de groupe on ne peut plus dérangeant. Parce que quand on est en groupe, on se sent invincible et on se permet des comportements qui n’ont pas lieu d’être. En particulier des formes de harcèlements, et d’isolement. Sans oublier que l’effet de groupe attenue la responsabilité. « Si tout le monde le fait, c’est certainement pas grave ? »  ( http://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_2004_num_104_1_3928
Pourquoi ne pas le faire à notre tour ? Sans oublier que si la personne a été exclue, on se dit qu’elle n’en aura pas connaissance et on se permet alors bien des choses.

D'ailleurs, le harcèlement peut générer l'agressivité chez personne harcelée, quand on se retrouve face à un groupe, on ne réagit pas toujours de la façon la plus diplomate qui soit, mais utiliser cette agressivité pour justifier une poursuite du harcèlement ("Vous voyez qu'iel est problématique, iel m'a dit [insérer ici une insulte quelconque]") revient à blâmer la victime de harcèlement d'avoir essayé de sauver sa peau comme iel pouvait. 


    On oublie deux facteurs essentiels, le premier c’est que tout propos a un contexte, et que les en sortir c’est un manque cruelle d’honnêteté intellectuelle. On pourrait presque le rapprocher du biais de l’homme de paille, parce que sortir des propos ou un évènement de son contexte pour le juger, ça en vient à le déformer et lui donner un sens qui pourrait ne pas être celui initialement tenu.  (l’homme de paille:  https://fr.wikipedia.org/wiki/Épouvantail_(rhétorique) )

 

Ensuite, une personne a pu tenir des propos problématiques mais:
    > ce n’est pas pour autant que toute son existence mérite d’être rejetée, et que sur d’autres sujets iel n’a rien à apporter.
    > On peut changer ! Oui, promis, même si on a été problématique un temps, et ce fût notre cas à TOUT-E-S (et on l’est encore tout-e-s, parce que personne n’est « safe » (mais ça fera l’object d’un autre article)) 
On peut changer, apprendre, comprendre les tenants et aboutissants de pourquoi nos positions étaient erronées. 
Donc, re-sortir des propos tenu il y a plusieurs mois ou années, c’est aussi de la malhonnêteté intellectuelle, on sait pertinemment que l’on apprend tous les jours, et que c’est pour cette raison que nos positions évoluent au cours du temps. 
On ne peut donc pas dire que « un-e tel-le est problématique » comme ça, dans l’absolue, iel l’est peut être sur certains sujets à un instant T.  


D’ailleurs, quand on définit une personne comme problématique , elle ne l’est pas par essence, mais par un prisme d’analyse, qui est le notre à ce moment là.

Considérer une personne comme problématique de facto et lea poursuivre plusieurs années, c'est violent, ça ne laisse plus la possibilité aux gens de changer d'avis, de se tromper.

Aujourd’hui, dans nos milieux, quand une personne est jugée problématique, elle est exclue, et très régulièrement insultée, ridiculisée et j’en passe, même si ça semble anodin, de part le fait qu’il s’agit de groupes numériques, (et tout semble moins important quand c’est sur un écran.)

    On en oublie presque que cette personne existe pour de vrai, qu’iel a des sentiments, une vie, des difficultés, tout comme nous; et si son (seul ?) cercle social lea repousse, rejette, ce n’est pas simplement des groupes Facebook qui lui refusent l’accès, mais des amitiés brisées. Alors oui, on ne va pas accepter tout le monde sous prétexte que personne n’est safe, mais est ce que pour autant on doit ostraciser un individu parce qu’il ne convient pas à nos pré-requis ?  Nos volontés de rester en « safe place » ne doivent pas légitimer le harcèlement. Et voir son nom, son identité, roulée dans la boue et insultée tous les jours, de toutes les semaines, de tous les mois, de tous les ans, c’est long. C’est douloureux. 

Retirer quelqu’un-e d’un milieu parce qu’on lea considère comme incompatible est une chose, harceler la personne en est une autre. Aujourd’hui, on doit agir contre ce phénomène, parce que ce n’est pas possible de continuer à pousser certaines personnes au suicide. 

Je n’ai pas de solution à vous proposer, je pointe juste du doigt un système qui détruit au lieu de protéger, et il faut qu’on l’on réfléchisse ensemble, sur un moyen de lutter efficacement contre ce genre de comportements, qui ne sont pas tolérable.

Commentaires

Soumis par Camille Warnier (non vérifié) le lun 30/10/2017 - 00:02

Permalien

Avant tout, je tiens à préciser que ce que je vais écrire ici est sans doute biaisé par mes propres formations de psy ainsi qu'en socio et anthropologie.

Je crois - j'essaie de le faire à mon niveau - qu'il peut être utile de proposer régulièrement sur les groupes des lectures transversales à la fois sur les sciences humaines et l'histoire du militantisme. L'être humain est une machine à fabriquer de l'exclusion même au sein de groupe exclus (les femmes racisées dans le féminisme, les bi/queer/trans* dans les groupes lgbt), et ça nécessite une vigilance de tous les instants et une autre forme de déconstruction qui dépasse largement le cadre de nos problématiques.

Par ailleurs, dans la limite du respect de la personne et d'éviter l'attaque ad hominem (on parle ici de s'attaquer aux concepts et comportements, pas aux personnes), ne serait-il pas utile d'avoir des modos ou un hashtag spécial "avocat du diable", qui s'appliquerait aussi à faire fonctionner des visions alternatives ou un esprit critique contradictoire ? Juste une idée comme ça.

Tout le meilleur. Pour ma part, je suis assez ambivalence sur toute communauté : j'essaye d'aider "à ma mesure", mais je ne me sens affiliée à rien, car j'ai l'impression que chez l'être humain, toute forme de regroupement même avec la meilleure volonté du monde se transforme en hiérarchisation, et donc en exclusion secondaire.

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